500 km en deux jours sur les routes et cols d’Ariège

500 km en deux jours sur les routes et cols d’Ariège

Paris Austerlitz, il est 21h24. Sur la voie 4 la grosse motrice du train Intercités souffle et claque. Que tout le monde montre son billet numérique pour embarquer, en file indienne. Les contrôleurs très gentils, me disent que pour le vélo si jamais il n’y a pas de place accrochée je pourrais le laisser dans le couloir, sans souci. Voiture 5, voiture 5 … la voilà. Place 52 côté fenêtre. J’entre, dans le wagon une quinzaine de personnes réparties aléatoirement a droite et à gauche de l’allée, le mot est passé que les places ne sont pas importantes. On a assez de place pour se mettre à l’aise dans notre coin.

Le train Intercités de nuit direction Latour-de-Carol voie 4 va partir, nous invitons les personnes accompagnant les voyageurs à quitter le train. Attention au départ.” Ca y est, les freins se relâchent et on part. On aperçoit déjà des éoliennes qui se dessinent au coucher de soleil alors qu’on quitte la banlieue parisienne. Dormir sans couchette ça va être difficile, me dis-je en tâtant le tissus des accoudoirs, mais j’ai vite été rassuré par le fait que j’avais avec moi de quoi dormir : bivy bag et coussin surtout. Note à moi même, prendre la prochaine fois des boule-quies car un train qui roule ça fait quand même du bruit.

Allez, on tente de dormir. A 23h le contrôleur chef de bord éteint la lumière de mon wagon et nous souhaite bonne nuit, il propose à qui veut de passer en wagon couchette pour le prix de 35 euros supplémentaires. Je suis bien sur mon siège, j’ai encore plus hâte d’être sur mon Genesis Volare.

Doucement, le soleil couchant est remplacé par les lumières filantes des villages que nous passons à toute allure, et les flashs des néons des quais de gare que nous traversons. Bercé par le balancement du train, je divague.

Je repense à ce qui m’a amené là. Il y a quelques semaines, Hubert de l’organisation d’Ultrabikefrance m’envoie un mail, me proposant de me joindre à la reconnaissance de l’un des parcours de leur épreuve d’ultracyclisme. Je choisis sans hésitation l’Ariège entre la Haute Garonne et les Pyrénées Orientales, je ne connais pas ce département et j’en ai entendu plein de bonnes choses. De plus le train est direct jusqu’à Pamiers. Bon, il est temps d’être raisonnable, le planning de demain matin est chargé : 270km et 7000m de dénivelé positif. Rien que ça. Je ferme les yeux, ma tête balance en arrière.

Le train s’arrête, à partir de là je sais que l’aventure commence. Jean-Marc m’accueille sur le parking de la gare, me donne des barres énergétiques et me propose de garder mes affaires. A peine 15 minutes plus tard, nous sommes déjà en route en direction de Foix, sur les départementales Ariègeoises.

Ma tenue officielle Cycles Treize, dont je suis l’ambassadeur.

Nous dépassons rapidement la ville de Foix, préfecture du département et ville dominée par son imposant château. Ici se joignent à nous un groupe de membres du club de Triathlon ARIEGE PYRENEES TRIATHLON en entrainement pour leur demi-ironman le mois prochain. Stéphanie me partage qu’elle travaille à Montsegur, dans le village en bas du château, et qu’elle fait l’aller retour entre chez elle et le village à vélo tous les jours. “Vous faîtes ça à Paris aussi non ? Mais le paysage est moins beau hein” me dit elle. Elle a tellement raison, quel cadre de rêve pour rouler, la verdure est partout. Le premier col arrive, alors que ma première chocolatine de la journée tombe doucement dans mon estomac. Col de Montségur, 1059m et 500m de dénivelé positif. Aujourd’hui, on va tester le concept des Ultrabikefrance : beaucoup de dénivelé, 500km et pas plus de 34h pour être finisher.

Rien que dans la première journée, nous devons monter au total plus de 8 cols entre Foix et Seix, la ville checkpoint du parcours. Ainsi, mieux vaut bien prévoir de quoi manger et grignoter tout au long du parcours pour ne pas subir la fringale du haut du col. Pour ma part, j’oublie de prendre un sandwich avec ma chocolatine, je regrette amèrement dès que la chaleur commence à monter. On passe de collines en vallées et les dénivelés commencent à se faire ressentir. Le plan est de faire 7000m de dénivelé la première journée alors que la barre des 35 degrés est dépassée, ça va être éprouvant mais je suis venu pour ça, sans aucun doute. Tenter de repousser mes limites et découvrir la verdure épatante de l’Ariège. Alors, on atteint rapidement le bas du Col de Pailhières : 9% de dénivelé moyen, 1200m de bas en haut (col hors catégorie). L’affichage de mon GPS me fait peur, je me tourne vers Hubert, je dois manger quelque chose. Le collègue qui nous accompagné file devant nous alors que ce gros morceau me fait pas mal peur.

En bas à chaque fois c’est la même chose, il y a des arbres, de la brise et des ruisseaux. On ne voit pas la sommet, juste la courbe de dénivelé sur le GPS qui se forme et les couleurs qui nous effraient. Petit à petit, mètre après mètre on monte et à chaque coup de pédale l’usure se fait ressentir. A 9% de moyenne, c’est vraiment de l’usure à proprement parler. J’ai lutté contre la gravité comme jamais je ne l’avais fait : pas sur l’Iseran, pas sur le Galibier. On m’avait dit que les cols des Pyrénées étaient plus cassants, plus raides et donc heureusement plus courts.

Heureusement qu’ils sont plus courts, car on le sent vite qu’ils sont courts vu comme ils grimpent. Constamment je regarde si j’ai pas encore une vitesse disponible car j’aimerai tellement pouvoir la passer, pouvoir juste un petit peu me simplifier la tâche. Hubert, c’est son terrain de jeu, parfois il se fait la montée plusieurs fois d’affilée tellement il s’amuse. Moi j’ai mon matos sur moi et assez peu d’entrainement de grimpeur dans le sac, je fais comme je peux. La vue commence à se dégager, quand on passe le cap des 1800m on ne voit plus un arbre, la montagne est à nu. Je sens que j’arrive au bout de la montée, le soleil tape plus mais les derniers lacets sont éprouvants, tellement beaux mais le pourcentage atteint les 13%. J’y arrive. M’y voilà.

L’arrivée au col de Pailhères de l’Ultra Bike France en Ariège
L’arrivée au col de Pailhères de l’Ultra Bike France en Ariège

Une fois en haut, très vite il faut repartir. Déjà, car il y fait fait et que le vent de l’autre versant tape fort, puis car maintenant il faut redescendre. De 2000m d’altitude à 1300 très rapidement. “Il reste trois cols, et on est au gîte” me partage Hubert, avant la descente. Il est 15h, je n’ai pas encore mangé et je ne pense qu’à ça. Pourquoi n’ai-je pas pris un sandwich, j’étais certain d’en trouver sur le chemin. Je n’ai plus de force et n’ai que du sucre sur moi. Mon corps refuse le sucre que je lui donne. “Tu sais Hubert, je pense que niveau cols je vais m’arrêter maintenant et je vais rentrer au gîte, surtout vu le programme de demain.” lui ai-je dit. Mon énergie était au plus bas. J’étais arrivé là haut, mais plus loin, ça me parait difficile. Une voiture vient me chercher, direction Seix à mi parcours pour me préparer à la journée de demain.

Le village étape de Seix à mi-parcours

Le réveil sonne, avec lui les douleurs fessières aussi, ouch. En plus, je crois que j’ai pris des coups de soleil. On a dormi à l’hôtel auberge du Haut Salat, hormis le petit déjeuner léger il n’y a rien à redire, on est très bien reçus à Seix en Ariège. Au lever du soleil, en vallée il fait frais car la Salat apporte sa brume, je me mets un gilet, remplis les gourdes et c’est parti pour le premier col de la journée se situant à Seix, le col de la Core avec ces 13 km à 7% de pente moyenne.

Ca commence déjà à monter, depuis la première minute. J’ai bien fait de m’arrêter au bon moment hier car désormais je pars frais et motivé pour cette nouvelle journée.

Je pars devant l’équipe qui, j’en suis certain, me rattrapera vite.

Les écouteurs sur les oreilles je profite de la solitude du matin avant une journée plus plate que la veille, mais avec plus de kilomètres, environ 200 avec vent de face sur la plus grande partie du trajet. Hier c’était grimpette, aujourd’hui c’est tourisme. Je découvre les collines ariégeoises, les petites routes qui zigzaguent, les fonds d’écran windows avec des champs à perte de vue. Je ne vois tellement pas le temps passer dans cette montée je c’est comme si je me réveillais quelques heures plus tard en arrivant petit à petit à la Grotte imposante du Mas d’Azil, traversée par la route.

Le vent ajoute une difficulté c’est certain, mais ce vent de face n’a tout de même rien à voir avec les montées de la veille. C’est usant, mentalement, mais pas physiquement et c’est ça qui change tout, puis on s’arrête manger à midi. Sur de la longue, manger fréquemment ça change tout, surtout quand l’itinéraire est rural. Parfois je me rappelle qu’avant hier je suis parti de Paris, réveillé à Pamiers et que maintenant je traverse des paysages Lunaires loin de tout et près de mes pensées, c’est assez dingue d’avoir cette chance à la capitale de pouvoir si simplement partir n’importe où en aventure et revenir pour le dimanche soir, lundi matin. La route vallonée traverse la clarté de la journée, de parc régional en vallée et les cols deviennent de plus en plus dérisoires : 500m de haut pour les derniers, une mince affaire.

Alors que le soleil tombe doucement, on arrive au point de départ et d’arrivée de cette épreuve, le Complexe sportif Balussou de Pamiers, flambant neuf, où Nicolas, qui nous accompagnait, nous attend avec des bonnes ondes et beaucoup d’eau.

“Bon ben voilà maintenant que tu as fait la reconnaissance de cette épreuve, il te reste plus qu’à faire la vraie Ultra Bike France Ariège l’été qui arrive, si ça te dit ?” me dit Hubert.

Dieu que cet itinéraire m’a fait peiner, mais quelle douce sensation que d’arriver tranquillement à la gare et de savoir qu’on va pouvoir juste se reposer. Quelle relaxation. Ce qui est en tout cas certain, c’est que l’Ariège est profondément une terre de vélo : cols difficiles, routes petites et sans trafic, des hôtels en nombre et des habitants d’une gentillesse totale. J’y reviendrais. Je ne sais pas encore quand, mais je reviendrais.

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