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Pourquoi pratiquer l’ultracyclisme ?

L’ultracyclisme, sur le papier pas très très sexy : des efforts répétés pendant des distances longues à vélo, le tout sur une période qui s’étend en général entre quelques jours et quelques semaines. On sent déjà venir l’odeur de sueur, les douleurs au niveau de la selle et les galères matérielles au milieu de nulle part. Mais, au fond, à quoi bon se donner le mal de pratiquer ce sport de malheur qui présente tellement de souffrances à première vue et où trouve on donc le bonheur en tant qu’ultracycliste ?

La GBduro au Royaume-Uni

Très bonne question, assez fondamentale et profondément personnelle qu’on se le dise. Pourquoi prendre un vélo et rouler jusqu’à ce que le coeur nous dise de nous arrêter, parfois pendant plusieurs semaines continues ? Pour mieux comprendre le choix des personnes qui se lancent dans de pareils défis, rien ne vaut le fait de revenir sur ce qu’est l’ultracyclisme. Au fond, le terme bien que nouveau ramène à une discipline bien plus ancienne : le cyclotourisme. Celui ci combine deux activités : le voyage et le cyclisme. Fini le cycliste sédentaire qui utilise le vélo uniquement pour les trajets courts et pratiques, le vélo peut s’utiliser pour parcourir le monde. Ainsi, certains au 19ème siècle, tel Vélocio, ont commencé à traverser tout d’abord la France puis le monde en quête de liaison entre les peuples, de voyage et de sport. L’ultradistance ou ultracyclisme se distingue cependant du cyclotourisme dans l’objectif de relier certaines distances le plus rapidement possible. Mais alors au fond, pourquoi faire ça ?

Si l’on pose cette question à des cyclistes engagés sur des épreuves de plusieurs milliers de kilomètres, parfois dans des conditions climatiques extrêmes, une réponse revient très souvent.

Je le fais Car je peux le faire

Une réponse qui laisse souvent muette, par tant de simplicité et de raison. En effet, il n’y au fond pas de bonne raison de faire de l’ultracyclisme, tout comme il n’y a aucune mauvaise raison. Les débuts dans la discipline sont multiples, beaucoup de participants aux épreuves ultracyclistes longue distance ont un passif de cycliste, qui souvent aide à trouver le bonheur dans le pédalage, dans le plaisir des dénivelés et de la météo changeante. Bon nombre de cyclistes longue distance font du vélo pour aller à leur travail chaque jour et certains font des distances considérables.

La question de l’ultracyclisme est similaire à la question de ce qui nous a amené à choisir le vélo plutôt que la voiture dans un premier temps. Les raisons sont multiples et il n’y en a que des bonnes. Je vous ai listé les miennes, qui ne sont ni universelles ni forcément les vôtres mais voici pourquoi j’ai commencé à parcourir des grandes distances à vélo.

Voyager physiquement

Le vélo, c’est le parfait compromis entre vitesse de déplacement et énergie dépensée par le corps, c’est à dire qu’on peut parcourir des longues distances avec beaucoup moins d’énergie musculaire et de dépenses caloriques qu’il le faudrait en marchant ou encore en courant. C’est pourquoi il est tellement facile, avec un peu d’entrainement, de parcourir des distances toujours plus grandes à vélo et de voir le paysage changer à chaque kilomètre parcouru (ou presque). On voit changer l’architecture, passer les panneaux dans des langues diverses, on passe d’une mer à une autre sans difficulté autre que gérer alimentation, hydratation, sommeil et aléas. On peut donc se laisser porter aux montagnes et nuages, le tout avec une vitesse beaucoup plus raisonnable qu’en voiture par exemple et ainsi découvrir un pays ou une région vraiment. Moins profondément en ultra qu’en cyclotourisme, mais néanmoins vraiment.

et mentalement

L’ultradistance, contrairement au cyclotourisme, a une notion beaucoup plus individuelle : celle du voyager seul. Comme le temps est la principale donnée comptée, les participants se retrouvent donc souvent seuls sur la route, même il on croise beaucoup de locaux et beaucoup d’autres participants. Tant dans la préparation à des épreuves de longue distance que dans leur déroulement, c’est une discipline et un exercice qui pousse à la compréhension et à l’apprentissage de la personne que nous côtoyons le plus régulièrement : nous même. Apprendre à gérer son stress, sa solitude, son ennui et tout ça lors de longues journées parfois dans des conditions extrêmes. Ca ne vaut pas une thérapie, ça ne vaut pas des antidépresseurs si vous êtes en phase dépressive ou en dépression et il faut le rappeler. Mais, voyager, repousser ses limites physiques et vivre un quotidien hors du commun permet de mieux se comprendre et mieux cohabiter avec cet inconnu qui est parfois nous-même. L’ultra est un temps laissé à soi.

Maintenir une routine sportive tout au long de l’année

On a vu beaucoup de personnes tenter de courir pendant le confinement, un temps, afin de bénéficier d’une promenade lors de cette période ou la liberté avait sûrement perdu beaucoup de sa valeur. Les cyclistes aussi, dans le périmètre d’un kilomètre, pour des raisons diverses. Le cyclisme est à la fois un mode de transport et une discipline sportive, c’est tout le charme du vélo au fond car tout comme la marche cela permet de parcourir une certaine distance avec une dépense énergétique raisonnable (contrairement à la course). Ainsi, si on se fixe des objectifs clairs et atteignables, alors l’entrainement cycliste est vraiment ludique et facile à suivre. Il nécessite du temps, mais l’utilisation du vélo comme moyen de transport pour aller au travail permet de lisser le nombre de kilomètres parcourus chaque semaine et d’augmenter puissance, cardio et endurance par la même occasion.

Pour les adultes (18-64 ans), l’Organisation Mondiale de la Santé recommande au moins 150 mn d’activité d’intensité modérée ou au moins 75 mn d’activité d’intensité soutenue, l’idéal étant, affirme-t-elle, de doubler ces durées pour des bénéfices santé plus complets. Au-delà de 65 ans, environ 30 mn d’activité modérée au moins cinq jours par semaine semble un objectif à la fois raisonnable et facile à tenir. Mais pour les enfants (5-17 ans), les experts de l’OMS prônent au moins 60 mn par jour d’activité physique d’intensité modérée à soutenue. Un entrainement d’ultra vous permet d’atteindre efficacement ces objectifs.

Me déplacer au coeur des éléments

Nombreux sont les adeptes d’ultracyclisme vivant dans des grandes villes, en appartement. Donc, très souvent bien loin de la nature, du rythme des saisons, protégés de la pluie et du froid dans l’entre de la voiture, du métro ou des transports en commun. L’ultra, c’est renouer avec un plaisir enfantin, celui d’être dehors quelque soit la météo. L’entrainement, lui même nécessitant une régularité de la pratique, permet de se rendre compte des saisons, du prolongement des soirées en juin ou encore des feuilles qui poussent aux arbres alors que les jours deviennent plus chauds. Visualiser le réchauffement climatique, et matérialiser la taille des hauts sommets dont nous dépassons les cols. Physiquement, on est éprouvé par les éléments autour de nous, et ça fait du bien.

Utiliser mon corps comme carburant

A l’époque où l’utilisation de ressources fossiles (lithium, gaz ou encore pétrole) est cause principale des dérèglements climatiques majeurs et des mauvaises conditions de vie dans les grandes villes, l’ultra permet de matérialiser l’indépendance énergétique dont on peut être capable : voyager à vélo, se muscler à vélo, dépasser des cols avec l’énergie de mon corps, me rendre sur mon lieu de travail. L’ultra a cependant le problème de créer des demandes caloriques plus élevées que si vous ne pratiquez pas de vélo, et donc demande de manger plus. Problème tout compte fait relatif.

(Re)prendre conscience en ce dont je suis capable

Parfois, souvent, l’ultra tombe à un moment qu’on peut considérer comme charnière dans notre propre vie. Pour ma part, la pratique du vélo longue distance m’a permis de me rendre compte de ce dont je peux être capable quand je m’en donne les moyens, et que j’ai contrôle sur beaucoup de choses dans ma vie que j’ai parfois oublié. Le voyage, le sport et le fait de sortir de nos environnements habituels sont des moyens de découverte de soi extraordinaires, discuter d’ultra avec les personnes autour de nous nous fait souvent croire qu’ont fait quelque chose de surhumain, et, bien que ça fasse du bien à l’égo, on sait parfaitement que la seule difficulté est réellement de tenir durant l’effort et la répétition de l’effort en se connaissant au mieux.

Rencontrer du monde

Voyager en ultra permet de rencontrer tellement de monde, le milieu de l’ultra est un milieu très atteignable, même les têtes de course. Vous rencontrez le milieu, mais aussi toutes ces personnes le long de votre route qui vous apprennent leurs pays, leur humilité. Être à vélo c’est être au contact des gens, les gens n’ont pas peur de nous. Puis à partager avec des gens sur la route, dans les soirées à thème ultra ou encore avec nos collègues de galère, on change. Les gens que l’on rencontre nous apprennent à découvrir le monde sous un angle nouveau, leur vision.

Gèrer l’imprévu et le prévu

Bon, soyons clair. Tout le secret de l’ultra, c’est d’anticiper ce qui peut mal se passer et de bien gérer ensuite quand ça se passe effectivement mal. Non pas que ça se passe tout le temps mal, mais souvent quand même. L’ultra permet d’apprendre l’humilité par rapport à tout ce qu’on ne peut pas contrôler : météo, incidents techniques, coup de fatigue, blessure, maladie, accident et d’autres. La liste des choses sur lesquelles nous n’avons pas contrôle est longue, les raisons d’abandonner le sont donc aussi. Tenir, faire preuve d’une gestion rationnelle du quotidien et des incidents est un apprentissage qui servira toute la vie.

Apprendre à me servir de mes 10 doigts

Afin d’anticiper au mieux l’imprévu et le prévu, il faut savoir au minimum bricoler son vélo et donc comprendre le fonctionnement basique d’une bicyclette : pédalier, changement de vitesse, pneus, recharge dynamo, casse matérielle etc. Il est essentiel de comprendre comment sa monture fonctionne, surtout si vous vous engagez par exemple sur la Silk Mountain Race et qu’au milieu de nulle part votre dérailleur casse et vous devez continuer en pignon fixe ! Personnellement j’étais déjà plutôt manuel, mais j’ai dû apprendre tout le monde de la mécanique vélo et cet apprentissage est essentiel et tellement enrichissant

L’inclusivité

L’ultracyclisme se distingue du cyclisme traditionnel en plusieurs points :

  • Tout le monde peut en faire, pas besoin de licence, de vélo homologué ou de contrôle médical.
  • Tout le monde peut en faire, les courses ne sont pas réservées aux hommes blancs cis hétéro (même si ils représentent encore une grande partie des participants), mais cette discipline permet aux femmes, aux personnes transgenres ou aux personnes issues de minorités de concourir librement sur des courses cyclistes d’ultradistance. Comme tout un chacun.

En tant qu’homme blanc cis hétéro, il me parait essentiel de ne pas fermer le sport cycliste aux seuls homme blanc cis hétéro. Le vélo est un sport d’un divertissement fou et qui permet de dépasser les frontières de genre, de race ou de religion. Il en va du fondement même de la discipline. J’admire cet aspect de l’ultracyclisme et même si pour moi ça ne change rien, je pense que ça change la donne pour beaucoup de monde.

Voilà mes “pourquoi” faire de l’ultradistance à vélo. Il n’y a encore une fois pas de mauvaise ou de bonne raison de faire de l’ultracyclisme. L’essentiel est d’essayer un jour et de se laisser porter.

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